« L’IA peut lire, calculer et comparer, mais elle ne réalise pas de cordons de soudure ni n’aplanit les façades. »
L’IA s’empare du papier, pas de l’artisanat
Peu de sujets font autant l’objet de discussions au sein de notre branche que l’intelligence artificielle. Il ne s’agit plus de savoir si l’IA sera utilisée dans la construction métallique, en acier, de façades et en verre, mais plutôt de se demander : où nous fait-elle vraiment avancer ?
Son utilité est évidente dans les bureaux techniques. Les assistants IA lisent les appels d’offres, filtrent les délais, les justificatifs et les clauses contractuelles, structurent les cahiers des charges et déduisent les premières positions à partir des modèles IFC. Les jours de travail se transforment en heures, mais la décision quant à la fixation du prix par rapport à la concurrence reste entre les mains du calculateur expérimenté. Dans l’administration, les modèles linguistiques prennent en charge la saisie des données de commande dans les e-mails, les procès-verbaux, les traductions et certaines parties de la documentation des défauts.
L’IA est aussi une réalité dans la production. Le traitement d’image détecte mieux les erreurs dans la fabrication du verre plat que l’œil humain, les données des capteurs signalent les besoins de maintenance et les cellules robotisées génèrent des programmes de soudage ou de ponçage selon la géométrie des composants : la programmation ne nécessite plus que quelques minutes. L’automatisation devient intéressante pour les pièces uniques et les petites séries, et donc pour nos entreprises. Sur les chantiers, le scanner laser, le LiDAR et la vision par ordinateur fournissent le métré et comparent théorie et pratique avant le montage.
La véritable opportunité : l’IA s’empare du papier, pas de l’artisanat. Elle ne remplace ni l’expertise avec laquelle nous conseillons architectes et maîtres d’ouvrage au sujet des matériaux et de la construction, ni les compétences qui font toute la qualité de la fabrication et du montage. Elle crée toutefois des capacités face au manque de main-d’œuvre qualifiée.
Mais il y a aussi des risques. L’IA formule le faux avec autant de conviction que le vrai ; reprendre des contenus normatifs sans vérification implique une responsabilité, puisque notre signature est indissociable des plans et des justificatifs. Introduire des données dans les modèles ouverts peut révéler le savoir-faire de l’entreprise. Et si les apprentis copient les réponses au lieu de les comprendre, nous perdons les connaissances pratiques qui font notre qualité. Le cadre juridique évolue aussi : la Confédération élaborera d’ici fin 2026 le projet de consultation relatif à la convention sur l’IA du Conseil de l’Europe, et les entreprises exportatrices doivent respecter les directives de l’UE.
Mon conseil : essayez-la, mais définissez des règles précisant qui peut utiliser quels outils avec quelles données, et qui est chargé de la validation. Les compétences en matière d’IA feront partie du profil professionnel. Utilisons-les dans le même esprit d’innovation qui caractérise depuis toujours notre métier : avec curiosité, précision et responsabilité.
Je vous souhaite une agréable lecture. ■